Mohammad Yunus intégre la grande pauvreté à l'économie
Mohammad Yunus a montré qu' une intégration essentielle à notre époque était possible : l'intégration de la grande pauvreté dans une économie, grâce au microcrédit. Pour cela il a créé au Bangladesh une banque d'un type nouveau, la Grameen Bank, une banque des pauvres qui a changé les régles du jeu de la banque classique, en créant le système du microcrédit. Celui-ci consiste à prêter aux plus pauvres, en particulier les femmes, des modiques sommes d'argent, sans garantie et à des taux d'intérêt variables, afin qu'ils puissent démarrer une activité économique. C'est un véritable succés : non seulement les prêts sont remboursés à 99%, mais les pauvres recouvrent dignité, confiance, responsabilité et esprit d'initiative, si bien que le système de microcrédits a essaimé dans le monde pour toucher plus de 100 millions de familles dans une centaine de pays, et Mohammad Yunus a été justement couronné en novembre 2006 en recevant le prix Nobel de la Paix, car, si par ce système les plus pauvres arrivent à retrouver un sens à leur vie et subvenir à leurs besoins primordiaux, c'est la paix dans le monde qui s'en trouve améliorée.
Mais cette intégration de la pauvreté ne fut pas sans difficulté. Les méthodes nouvelles de la Grameen Bank changeaient bien des habitudes dans le système économique traditionnel. Dans son magnifique livre « Un monde sans pauvreté », Mohammad Yunus nous raconte quels prodiges de patience et de combativité il a du déployer pour arriver à ses fins et vaincre les résistances.
« Nous avons regardé comment fonctionnaient les autres banques, et nous avons fait le contraire ». En général cela fait rire; c'est pourtant la pure vérité.
Les banques traditionnelles demandent à leurs clients de venir dans leurs bureaux. Pour un pauvre - illettré de surcroît – un bureau a quelque chose dez terrifiant, de menaçant. Il instaure une distance supplémentaire. Nous avons donc décidé d'aller nous-mêmes trouver nos clients. Tout le système bancaire de Grameen part de l'idée que ce n'est pas aux gens d'aller vers la banque, mais à la banque d'aller vers les gens, principe que nous avons adopté d'entrée de jeu(...) Au début, nous affichions dans tous nos bureaux cette mise en garde : “la présence au bureau de tout membre du personnel sera considérée comme une violation des règles de la Banque Grameen.”
Certaines de nos jeunes recrues s'écriaient :
Mais alors, où est-on censé être ?
Où vous voulez. Dormez au pied d'un arbre, bavardez dans un étal à thé, mais qu'on ne vous voit pas au bureau.
Mais enfin, le personnel doit bien aller au bureau pour garder l'argent et tenir les comptes ! S'indignaient certains.
Alors, affichez vos horaires, répondions-nous. Pendant ces heures nous passerons l'éponge. Mais si vous restez plus longtemps, vous serez sanctionnés. Vous n'êtes pas payés pour être assis derrière un bureau, mais pour être avec les gens.”
Vers un monde sans pauvreté” p. 148