Pensées personnelles sur l'esprit intégratif

Le moteur de l'esprit intégratif, c'est la conscience dans son mouvement d'expansion, dans son désir de grimper toujours plus haut sur l'échelle de l'évolution, dans son élan d'auto-transcendance vers l'Un.

Le résultat de l'esprit intégratif, quand l'intégration s'est bien passée, c'est le sentiment d'être réconcilié enfin avec sa vraie nature, c'est à dire réconcilié avec le Tout qui aime s'exprimer sous d'infinies facettes.

L'intégration, c'est le chemin progressif que prend la conscience dans son Désir d'unité.

Intégrer, c'est se rapprocher de l'unité, se rapprocher de l'Un.
En ce sens l'esprit intégratif serait une caractéristique essentielle de l'Esprit ou de la Conscience, aussi importante que la Connaissance ou l'Amour.

Le processus d'intégration, selon Ken Wilber, c'est transcender et inclure, comme la molécule transcende et inclut l'atome, comme la pensée peut transcender et inclure le corps. Ce mouvement est à l'oeuvre partout dans le jeu infini de l'univers, pour permettre progressivement le développement et l'expansion de la conscience vers plus de complexité et d'unité.

L'être humain, malgré les apparences et ses prétentions, n'en serait qu'aux premiers balbutiements de ce jeu intégratif de la création.
Sa conscience bloquée à des niveaux ou des stades d'évolution souvent archaïques, au point que l'espèce humaine est actuellement menacée dans son existence même.
Nous attendons un saut qualitatif de la conscience humaine au niveau individuel et surtout collectif, pour conjurer cette menace, c'est à dire un mouvement de l'esprit intégratif capable de transcender ce que nous vivons actuellement, dans une synthèse créative capable aussi d'inclure et d'intégrer le meilleur de ce que nous avons vécu.

A la fin du mouvement d'intégration de l'esprit intégratif, on tombe sur une sorte de vide lumineux de la conscience, capable d'inclure toute chose. Alors, ... Un immense bien-être, une félicité, une béatitude... Quelques hommes nous parlent de cela, pour essayer de nous en donner l'envie, comme le Bouddha, Jésus, Lao Tseu et quelques grands maîtres au sourire illuminé, comme Ramana Maharshi.
Mais ils sont encore trop peu nombreux. L'espèce humaine tâtonne dans l'obscurité et les souffrances de son inaboutissement, de son "inhabileté fatale", comme dirait Arthur Rimbaud.

La conscience est nécessaire à l'esprit intégratif, car seule, elle est capable d'accueillir, d'accepter, d'englober toutes choses, c'est à dire de les intégrer dans son Tout fait de transparence, de lumière et de vacuité.
A l'opposé, le mental et son principal instrument la raison, n'est capable que de focaliser, de concentrer, de séparer, de cloisonner, c'est à dire d'analyser dans des spécialisations du champ de la connaissance de plus en plus pointues et parcellaires.
Pour rentrer dans l'esprit intégratif, il faut donc développer la conscience, à contrario de l'hypertrophie actuelle du mental. Pour cela, les techniques de méditation et les thérapies de la pleine conscience sont de la plus grande utilité.

L'esprit intégratif, c'est d'abord Voir le Tout, en s'entrainant par la méditation et la pleine conscience. C'est ensuite Aimer toutes les parties d'un tout dans leur multiplicité, leur diversité, afin de contribuer à leur unité, en s'entrainant à l'ouverture du coeur, loin des complexifications conflictuelles du mental.

Il ne faut pas s'attendre avec l'esprit intégratif à un nouveau système globalisant, une théorie intégrale qui rendrait compte de tout, en un "métasystème". Il faut abandonner ce rêve d'omnipotence.
Au mieux, l'esprit intégratif peut déboucher sur des schémas intégrateurs, des symboles, des synthéses ouvertes, toujours à recommencer.
La raison de cela ? L'esprit intégratif, c'est juste une force, un mouvement qui permet l'auto-transcendance perpétuelle de la création à tous les niveaux, en réunissant, en liant différentes parties autrefois séparées.

Au sujet de la vision intégrale de Ken Wilber
Pour moi, "il n'y a que le pain qui soit intégral". La vision intégrale me semble être un "ego-trip" de plus de la philosophie dans son désir d'omnipotence intellectuelle. La vie dans sa totalité, dans son intégralité est inconnaissable à l'esprit humain - encore plus à son intellect réducteur - , la vie reste un mystère.
On peut faire des hypothéses sur l'évolution de la conscience au niveau individuel et collectif avec de beaux schémas intégraux, mais cela ne reste que des hypothèses. Pour cela, je préfère le mot intégratif, il me semble plus ouvert, plus humble, plus prudent : il s'agit juste de rendre compte d'un mouvement, d'un processus - le mouvement d'intégration - mais sans l'idée d'un système clos sur lui-même. Cela étant dit, je rends hommage à Ken Wilber pour son travail philosophique, malheureusement pas suffisamment traduit en France. Pour moi, "Bréve histoire de tout" aux éditions de Mortagne reste un livre majeur à lire et à relire.

Comme le dit Arthur Koestler, le plus grand danger vient des formes d'intégration ratées, c'est à dire les intégrations collectives de groupe, où les individus dans leur désir d'appartenir à un Tout qui les dépasse pour rompre avec l'individualisme de l'époque, perdent tout esprit critique, toute conscience et toute lucidité et s'adonnent ensemble à de grandes régressions de la conscience.
Je pense surtout aux trois systèmes intégratifs sociaux dominants particulièrement dangereux : les institutions religieuses et leur dérive facile vers le fanatisme, l'entreprise capitaliste et sa tentation de prédation généralisée pour le mécanisme du profit, et les partis politiques se mettant au service du pouvoir personnel et prêts sans cesse à tous les mensonges, à toutes les trahisons. Ces intégrations collectives ratées feraient perdre aux individus leurs qualités humaines essentielles et contribueraient à la désintégration sociale, comme l'ont montré les deux systèmes totalitaires du 20e siècle (nazisme et communisme) et avant eux les fanatismes religieux avec leur inquiétante résurgence actuelle dans le monde musulman.

Il y a trois caractères importants de l'esprit intégratif : le déploiement dans la diversité et la multiplicité de l'être, le besoin d'unité et le désir de création continuelle. Il faut un équilibre entre ces trois forces pour que l'esprit intégratif fonctionne à plein. Sinon, trop de diversité conduit à la confusion, à l'émiettement éclectique, trop d'unité conduit au dogmatisme, trop de création à un délire marginal inassimilable.

Il y a 5 attitudes de l'esprit intégratif dans son désir d'unité. Ce sont les 5 niveaux d'intégration que j'appelle :
l'intégrisme ou intégration - destruction,
l'intégration - absorption,
l'intégration éclectique,
l'intégration structurée
et enfin l'intégration - création.

L'esprit intégratif ne peut s'exprimer pleinement que dans le silence et, à la rigueur, à travers les mots rares d'une certaine poésie

L'époque est plutôt à la désintégration, crise oblige ! Les penseurs de la désintégration possible se multiplient à la suite de Pierre Thuillier ou de Jean-Pierre Dupuy. En effet, ce n'est pas une petite crise, elle est globale, intégrale, planétaire et interpelle chacun d'entre nous dans sa manière de vivre.
Avec tous les signes précurseurs du désastre possible, de la catastrophe potentielle, la désintégration est peut être une étape nécessaire et douloureuse pour détruire l'ancien monde, afin que l'être humain change ou plutôt évolue en passant à un niveau de conscience supérieure que nous appelons intégratif. (cf. Don Beck et sa spirale évolutive). Les hindous diraient que c'est un processus shivaïste de "mort et renaissance".
Alors que les médias braquent leurs projecteurs sur les signes de la désintégration et de la crise tout en proposant force divertissements, l'esprit intégratif, le travail d'intégration se fait sans bruit, en profondeur, dans tous les domaines de la vie et il faut espérer qu'il trouve la solution.