Max Pagès un précurseur de l'intégration

Professeur de psychologie à l'Université de Paris VII, psychothérapeute, chercheur, il a publié de nombreux livres (cf. bibliographie). Il a développé une méthode : l'analyse dialectique des théories et des pratiques en psychothérapie qui permet une utilisation rigoureuse du champ multidisciplinaire des sciences humaines. Il préfère le concept de dialectisation plutôt que celui d'intégration, mais cela à nos yeux, va dans le même sens.

« Un des problèmes majeurs des sciences humaines est celui de leur héritage : comment intégrer ou articuler des courants de pensée de première importance, qu'il est impossible de négliger, et qui par ailleurs s'ignorent ou sont antagonistes ? En nous limitant au domaine clinique, pensons à la psychanalyse, au mouvement reichien, aux nouvelles thérapies en général, au systémisme, à la dynamique des groupes, à la sociologie familiale, à la phénoménologie... Les réponses à ce dilemme sont le dogmatisme ou l'éclectisme. Je voudrais dans ce chapitre poser des jalons pour une troisième voie, la dialectisation.(...)
L'objectif général de l'analyse dialectique dans les sciences humaines est de retrouver  les oppositions sous les contradictions doctrinales et de les utiliser. Pour cela elle doit s'attaquer à une triple tâche.

  • Effectuer un travail archéologique qui consiste à identifier dans l'histoire des doctrines les points où commencent l'idéologisation, l'amalgame entre théories des processus et métathéories, la mise en place du dispositif hégémonique.
  • Proposer des articulations significatives entre processus relevant de domaines différents.
  • Édifier une épistémologie dialectique.

Le travail de critique interne des doctrines est nécessaire à la recherche des articulations. Il est vain de vouloir marier ou combiner de quelque façon que ce soit des doctrines qui sont pour une part construites pour l'éviter."
Trace ou sens Le système émotionnel (p.15)

« En France, j'avais constaté à l'Université, parmi les étudiants avancés de Dea et Dess, un curieux décalage entre leurs expériences et leurs intérêts, souvent répartis entre la psychanalyse et les « nouvelles thérapies » (humanistes, psychocorporelles...), et leur discours qui tendait à se conformer à l'idéologie officielle du Département d'obédiance psychanalytique. Il suffisait de lever cette censure pour que les étudiants osent parler de leurs expériences et de leurs curiosités éclectiques, et posent des questions « interdites » intéressantes, sur la comptabilité théorique et technique entre plusieurs champs thérapeutiques. On retrouvait le même décalage chez beaucoup de jeunes praticiens, qui acquéraient une formation diversifiée auprès de plusieurs écoles, sans trouver auprès d'aucune d'elles l'assistance pour aborder les problèmes transversaux.
Rares sont en France les lieux institutionnels propices à la recherche clinique et théorique sur l'intégration thérapeutique, comme celui que j'ai animé pendant quinze ans au laboratoire de psychologie clinique de l'université de paris VII, dans la perspective de l'analyse dialectique.
Introduction p.9 à Norcross et Godfried « psychothérapie intégrative »

Ce texte écrit en 1997 est toujours malheureusement d'actualité. La France brille toujours par son absence de lieux institutionnels consacrés à la psychothérapie intégrative et ce sont plutôt les anathèmes que se lancent les écoles qui défraient la chronique, comme récemment le conflit entre psychanalyse et thérapies comportementales et cognitives.
A noter cependant un colloque organisé à Paris par l'AEPI (l'Association Européenne de Psychothérapie Intégrative) en octobre 2003 : "la psychothérapie intégrative en question".