"La médecine intégrative est la médecine du futur": un interview du Dr Thierry Janssen

Un mouvement important de l'esprit intégratif à l'oeuvre, est la transformation progressive de la médecine en médecine intégrative. Ce mouvement marque la fin des spécialisations à outrance qui segmentent et tronçonnent l'homme en morceaux, comme s'il était un objet, pour au contraire le considérer de manière globale, comme un tout "corps-esprit". Cela entraîne la réunification, le rapprochement de toutes les techniques de guérison c'est à dire leur intégration. Le journal "Santé Intégrative" se propose d'expliciter ce nouveau courant de la médecine intégrative.
Dans un interview du journal Spasmagazine, le Dr Thierry Janssen nous parle de cette, médecine du futur : la médecine intégrative. Celui-ci a écrit un livre important "La solution intérieure : vers une nouvelle médecine du corps et de l'esprit", où il définit certains caractères de cette médecine nouvelle, dont l'intégration du corps et de l'esprit est essentielle dans le processus de guérison. Ici, dans cet interview, Thierry Janssen nous explique les raisons de ce changement de paradigme, comment il pratique lui-même cette médecine intégrative et pourquoi celle-ci se montre finalement plus efficace.

L'intégralité de l'interview du Dr Thierry Janssen parue dans les cinq numéros du journal Spasmagazine est disponible en téléchargement :

Voir aussi la page consacrée à David Servan-Schreiber et à son livre "Anticancer"

Alain Gourhant : Vous avez parlé la dernière fois d'un changement de paradigme dans le domaine de la santé, est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur les signes annonciateurs de ce changement, particulièrement en France ?
Thierry Janssen : "Depuis que je voyage à travers la France pour donner des conférences à propos de La solution intérieure – vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit , je suis frappé par le bon sens des gens. On estime que  40 à 70 % des habitants de pays occidentaux recourent à des soins alternatifs et complémentaires. En fait, même si les médias et le discours officiel ne font pas encore écho du phénomène à sa pleine mesure, un grand nombre de Français, comme les autres occidentaux, semblent déjà avoir intégré une autre vision d’eux-mêmes, de la santé, de la maladie et de sa guérison. Néanmoins, les études le montrent, dans 75% des cas ils n'osent pas en parler avec leur médecin. C’est dommage quand on songe à l’importance d’une relation de confiance entre les soignants et les soignés. Nous assistons probablement à un changement en profondeur, une lame de fond qui transforme la civilisation. C’est ce qu’indiquent les résultats d’une étude réalisée à l'université du Michigan et reprise par la cellule de prospective de la Commission Européenne. En effet, un américain et un européen sur cinq, soit vingt pourcents de la population, adoptent de nouvelles valeurs et, entre autre, pensent que la consommation de médecines plus naturelles est préférable avant de recourir à l’artillerie lourde de la médecine conventionnelle. Comme souvent l’élite des états ignore les mouvements profonds de la société. Rappelons-nous l’étonnement de la cours du roi de France lorsqu’elle a découvert la foule des mécontents devant les grilles du château de Versailles. Les hommes et les femmes au pouvoir sont malheureusement coupés de la réalité. Trop souvent, la classe dirigeante est comme une tête séparée de son corps…
Je reçois un courrier nombreux de médecins français, de soignants – infirmières, kinésithérapeutes, et toute sorte d’autres professionnels de la santé – prêts à développer une médecine plus respectueuse de l’unité corps-esprit des patients, en harmonie avec leur environnement. Plusieurs d’entre eux me confient avoir déjà introduit des pratiques « non conventionnelles » comme l’acupuncture, le shiatsu et même le reiki à l’hôpital, sans en faire trop la publicité. En silence, comme les sages ils n’ont pas besoin d’imposer leur vérité pour la vivre.


A.G. Comment expliquer ce changement ?
Thierry Janssen : "Un chose paraît évidente : d’une époque à l’autre, la perception que les hommes ont d’eux-mêmes change. On imagine le choc, même non conscient, que nous avons vécu en découvrant ces merveilleuses images, récemment remontrées dans le film d'Al Gore, où la Terre, petite boule bleue, flotte dans l’immensité de l’espace, noir. Néanmoins, les idées prennent du temps pour évoluer. Il existe une sorte d’inertie au changement. Pensons que malgré notre prise de conscience de la sphéricité de la planète sur laquelle nous vivons, nous pensons encore souvent comme si celle-ci état plate. Dès lors, nous jetons les détritus qui nous dérangent loin de nous, hors de notre vue sur le planisphère. Nous oublions alors que, la Terre étant ronde, ces déchets finiront par revenir dans notre dos…
Parmi les facteurs de changement, la psychanalyse freudienne, jungienne et, plus tard, des mouvements comme ceux de Palo Alto en Californie ont eu une influence considérable. Et, puis, la rencontre de l'Orient et de l'Occident nous a permis de relativiser nos concepts. L’Orient nous apportant une vision plus holistique.
Cependant, ne nous leurrons pas toute transformation doit respecter un sens, une direction. « Il faut rentrer par la porte qui est ouverte », me disait un guérisseur mexicain avec qui j’ai travaillé. La porte ouverte pour les occidentaux, c'est la porte du mental. Il faut donc l’informer. C’est la condition pour que les formes changent. Ainsi, par exemple, le concept de la méditation, au cœur des pratiques bouddhistes, était difficile à intégrer dans notre culture scientifique. Introduite en Occident par la culture « new age », la méditation suscite aujourd’hui l’intérêt de scientifiques de renom et les images par résonance magnétique fonctionnelle du cerveau obtenues lors des exercices de « pleine conscience » enrichissent nos connaissances neurologiques. « Les êtres humains construisent trop de murs pas assez de ponts », disait Isaac Newton. Des disciplines comme la psycho-neuro-immunologie permettent de jeter les passerelles indispensables pour une meilleure compréhension du vivant. Et le dialogue interculturel entre la science et des pratiques millénaires comme la médiation me paraît des plus rassurants. Car, une culture qui se ferme, ne veut pas se remettre en question et élargir sa vision, est une culture en train de mourir. Des travaux comme ceux du Mind and Life Institute, fondé par Francisco Varela, aujourd’hui malheureusement décédé, et ceux de Richard Davidson à l’université du Wisconsin sur la méditation, sont sans doute une preuve de bonne santé de la culture scientifique".

Pour lire la suite de cet interview, cliquez sur l'interview en format pdf : "Médecine intégrative, médecine du futur" du Spasmagazine n°20, en haut de page

Nous tenons aussi à saluer la sortie de "l'Encyclopédie pratique de la NOUVELLE MEDECINE" écrite par le centre Duke de médecine intégrée avec David Servan-Schreiber aux éditions Robert Laffont (novembre2007)
Ce livre propose dans une première partie une approche intégrée de plus de deux cents maladies et pathologies regroupées clairement par systèmes et organes. La seconde partie présente près de cent thérapies complémentaires et alternatives dont les bienfaits et les limites sont analysés en détail. En fin d’ouvrage, un glossaire, un index et des conseils de santé très complets donnent à chacun les moyens permettant de devenir l’acteur de son bien-être.
Cette encyclopédie est dans la droite ligne de cette nouvelle approche de la médecine intégrative, telle que nous la concevons.