Alain Delourme écrit "pour une psychothérapie plurielle", c'est à dire intégrative

Alain Delourme est un acteur important dans le paysage de la psychothérapie intégrative en France. Docteur en psychologie, psychothérapeute et formateur de praticien, Alain Delourme a dirigé la conception du livre « Pour une psychothérapie plurielle », où pour la première fois (en 2001) sont réunis un certains nombre de psychanalystes, psychiatres, psychologues et psychothérapeutes, plaidant pour une psychothérapie intégrative et multiréférentielle. Ce passage est extrait de la conclusion de ce livre.

« Pluralisme intégratif, conflictualité créative, pratique du multiple, etc., chacun a cherché ses propres formules pour rendre compte d'au moins deux phénomènes : premièrement, la complexité des êtres humains, de leurs situations et leurs souffrances; deuxièmement, la nécessité du dialogue entre les spécialistes et entre les disciplines pour mieux penser et vivre cette complexité, que ce soit au niveau des élaborations conceptuelles, des pratiques réelles ou à celui des formations professionnelles.
Dans chacun de ces champs, personne ne peut prétendre avoir le dernier mot, l'argument décisif qui ferait taire toute objection. C'est pourquoi le dialogue n'est qu'à son commencement. C'est lui, dans son bouillonnement critique et ses potentialités évolutives, qui sera le vecteur maturant de la profession de psychothérapeute. S'il est bien facteur d'unification, il reste cependant basé sur l'altérité et résiste à l'acceptation facile et finalement indifférente. Humour et modestie ne seront pas non plus de trop dans la construction d'une identité professionnelle respectueuse des originalités créatives. Ce n'est pas la solution qu'il faut chercher, mais des orientations et une aide à la stratégie. Ce n'est pas un aboutissement qui est attendu, mais la résistance à la clôture que créent l'hyperspécialisation et la pseudo-scientificité. Est visée une capacité accrue à assumer le doute sans sombrer dans la confusion, dans la simplification réductrice ou le renoncement. (...)
En ce sens notre effort est éthique tout autant que théorique et pratique. La réforme de la pensée et la réforme éthique sont en effet nécessaires pour reconnaître l'unité/diversité des êtres et des conceptualisations qui tentent d'en rendre compte, et donc pour soutenir un ordre fraternel qui supporte la contradiction. La fraternité est à l'éthique ce que la complexité est à la pensée : elle mise sur un travail de lien. Les contradictions au sein du lien ne sont plus une défaite de la logique, mais un progrès du savoir. Ce progrès de la connaissance maintient ou accroit les doutes, il ne résoud pas les mystères; il découvre l'erreur plutôt que la vérité.
Les thérapeutes intégratifs et multiréférentiels sont des penseurs nomades et des tisseurs de liens. Ces « métisseurs » sont les fruits mais aussi les producteurs eux-mêmes d'hybridations diverses. Certains sont particulièrement sensibles, de par leur histoire sociofamiliale, leur culture d'appartenance, leur parcours psychothérapeutique personnel et leur trajectoire professionnelle, à l'articulation entre la psychanalyse et d'autres courants (la bioénergie reichienne et lowénienne, la gestalt-thérapie, l'approche systémique, les avancées du cognitivo-comportementalisme, etc.) ; d'autres vont chercher les ponts existant (s'ils n'existent pas, ils vont construire des passerelles) entre le champ psychothérapique, pris au sens large, et des disciplines plus ou moins voisines (la sociologie, la philososphie, l'éthologie, l'ethnologie, tel art ou telle science) ; d'autres encore s'intéresseront plutôt à la rencontre entre les pratiques de relation d'aide et la recherche d'éveil spirituel. De nombreuses voies de recherche s'ouvrent à nous.
L'avenir est au nomadisme intellectuel, à l'articulation des tendances, à la communication des cultures, à l'intégration des idées isolées, des vérités partielles, et non à la recherche d'un système pur et absolu. Relier est l'idée directrice, et la curiosité le principe moteur. Rencontrer les autres dans la solitude et l'errance, c'est créer des tribus inattendues, provisoires et fertiles. Fraterniser avec d'autres camps, ce n'est plus trahir le sien. La constitution en réseaux favorise de tels voyages, de tels échanges, chacun cherchant en l'autre, et devenant pour l'autre, un interlocuteur hospitalier.

Alain Delourme "Pour une psychothérapie plurielle" Editions Retz p.277